PAUSE POUR UNE DUREE INDETERMINEE !!! =S

Après mûres réflexions et conseils d'amis, j'en suis venue à cette conclusion : je ne peux plus continuer de la sorte. Je vous dois quelques explications, cela va de soi. Il en vient que cette fiction - que j'aime énormément - me provoque une tension perpétuelle. Je suis stressée à l'idée de vous déplaire, ce qui se traduit par une lenteur à la rédaction des chapitres. Et je ne parviens pas à respecter les limites de la décence en étant dans l'incapacité de vous mettre des suites en ligne régulièrement. Je pense que si le temps ne me presse pas, le bonheur d'écrire reviendra. Mais je tiens tout de même à vous remercier de tout mon coeur pour vos adorables commentaires que j'espère réellement retrouver par la suite.

Ce n'est pas un arrêt définitif de la fiction, encore moins du blog. Il y aura toujours des mises à jour sur les articles existants et je continuerai à répondre à vos nombreux commentaires. Continuez à me prévenir de vos suites, je viendrai avec plaisir ! De plus, mon histoire reprendra, c'est certain. Le seul problème étant que je ne sais pas quand. Cela peut durer une poignée de jours, quelques semaines, un mois ou même une année... Vous serez bien sûr, chers lecteurs, les premiers avertis d'un changement... si vous souhaitez encore de moi.

J'espère sincèrement que vous comprendrez et au mieux, accepterez ma décision.
Je vous embrasse et vous souhaite à tous du courage pour poursuivre.
J'ai vraiment des lectrices magnifiques et adorables ! Merci T.T

Mushu.

# Posté le mercredi 24 juin 2009 05:08

Modifié le mercredi 23 septembre 2009 07:23

Quand quelqu'un t'appelle par ton prénom, ça ne te donne pas l'impression d'exister ?

Quand quelqu'un t'appelle par ton prénom, ça ne te donne pas l'impression d'exister ?
Synopsis :

Tous les parents ont, au moins une fois, décidé quelque chose qui bouleversa votre vie sans vous demandez votre avis. Et bien là, il s'agit de la même chose. Un déménagement à l'autre bout du monde. Un pays qui fait tant rêver mais dont on ne connaît que le langue, le Japon. Toute une vie, déjà fragile en raison du fait qu'il y a peu d'années qu'elle a commencé, à reconstruire. Une nouvelle maison. De nouveaux repères à s'approprier et dont on a de cesse de comparer aux anciens. De nouveaux amis pour ceux qui ont de la chance. Le regret du passé s'installe, inévitable, imparable. Puis, un soir où tout semblait emprunter un chemin vers un futur qui ne déplaît pas tant que ça, tout bascule à nouveau. La perte des êtres qui vous sont les plus chers. Un cauchemar qui se déroule sous vos yeux. Le moment où on se rend compte de toute son impuissance et de son inutilité. Un inconnu ayant une soif inépanchable de sang vous épargne dans le seul but de vous faire __________________souffrir, crier, pleurer un peu plus longtemps dans cette vie ridiculement courte.

"Tu seras à jamais un être semblable à moi. Viens, mon alter-ego. Je suis le seul qui ne te trahira pas..."


Bande Originale :


Notes de l'auteur :

Tout d'abord, il y a une personne sans qui cette fiction n'existerait pas, ainsi que toutes les autres qui ont suivi. Je t'aime de tout mon coeur ma Tooru :
Je ne prétends pas être une grande écrivaine, ni avoir un quelconque talent pour l'écriture. Je veux juste faire partager un excès d'imagination. Cela peut vous faire plaisir et vous intéresser, ou au contraire vous déplaire. Comme pour tout le monde, les critiques sont autorisées si elles sont constructives, les simples : "c'est à chier" ou "j'aime pas" ne servent pas à grand chose et ne font avancer personne. Je vous prie de respecter mon travail comme je m'efforce de le faire pour le vôtre. Les publicités sont autorisées s'il n'y a pas trop d'excès, je les lis mais ce n'est pas dit que je deviendrai une de vos lectrices. Je pense que c'est à peu près tout.
Ah oui et surtout, bonne lecture ! =D
Répertoires :

Mushu.

# Posté le mardi 08 juillet 2008 08:18

Modifié le mardi 22 septembre 2009 13:19

Chapitre 1

Chapitre 1


Le bruit strident de la sonnerie retentit, annonçant l'achèvement d'une heure laborieuse qui consistait à prendre des notes du cours soporifique d'un professeur d'histoire désabusé par l'âge. La libération d'une après-midi de concentration dans des salles surchauffées par une chaude journée de printemps et une paresse de la climatisation. Un signe que l'été, attendu par bien des adolescents, approchait. Elle rangea son cahier avec négligence, témoignage de l'intérêt qu'elle portait à son éducation, et sortit de cette fournaise, ce bouillon d'odeur mêlant de la sueur, des parfums, des eaux de toilette. Chaque heure de cette matière était éprouvante pour elle. Depuis quelques temps, elle comprenait de moins en moins le charabia incessant qui occupait l'heure d'histoire du Japon. Mais elle s'en fichait pas mal. L'examen de fin d'année, qui aurait lieu dans bien longtemps, n'était pas une fin en soi. Et toutes ses options de langues étrangères allaient forcément rattraper le reste. Etant polyglotte, il était facile de se reposer dessus.

Le couloir calme et vide ne tarda pas à se trouver bondé de lycéens s'échappant de cet endroit que beaucoup considérait comme des salles de tortures. Le silence de mort se changea rapidement en un vacarme aussi assourdissant qu'insupportable. Les élèves riaient, s'esclaffaient, criaient pour se faire entendre. Un cercle vicieux qui se reproduisait chaque jour et personne n'avait l'idée de parler moins fort pour éviter que ça ne recommence. Elle marchait comme elle pouvait vers la sortie bousculée de tout côté et regardant ses chaussures pour éviter d'écraser le pied de quelqu'un involontairement mais surtout pour fuir le regard des autres. Elle n'y discernait que du mépris ou de l'indifférence dans leurs yeux et croiser une bonne centaine de fois ce même regard ne l'enchantait guère. Elle parvint enfin aux casiers à chaussons où elle y déposa les siens avant de sortir du grand bâtiment sans dire au revoir à personne. Des flots d'étudiants sortaient par vagues inégales des grandes portes béantes, gardées tant bien que mal par deux surveillants s'assurant qu'il n'y avait aucune entorse au règlement, quelle qu'elle soit. Elle était seule, comme toujours. Un corps transparent aux yeux de tous. Elle dépassa la grille sans prêter attention aux nombreuses personnes dont l'enthousiasme était un peu trop exagéré et qui se bousculaient près d'elle. Une carcasse vide qui déambulait, telle un automate approchant de la fin de sa carrière, dans les rues sinueuses de Tôkyo...

Elle marchait plutôt vite mais regardait à présent les vitrines des nombreux magasins alentours d'un regard vide. Celui-ci même qui la caractérisait depuis maintenant deux mois. Depuis la mort de ses parents exactement. Cet évènement qui la marqua à jamais comme étant la "fin" de sa vie. Elle n'était plus que le reflet d'elle-même. Un spectre dont les cieux n'avaient pas voulu et qui errait sans but dans l'immensité du monde, perdu parmi ces humains profitant pleinement et autant qu'ils le pouvaient de leur vie éphémère. Cette joie de vivre qui l'animait autrefois et qu'elle voyait s'exprimer avec autant de facilité chez les autres l'avait quittée depuis bien longtemps. Des groupes de jeunes parsemaient les routes goudronnées de la voie piétonne. Tous discutaient avec passion de leurs projets pour la fin de la journée ou encore maugréaient contre leurs professeurs. Elle traversa la place, fixant le sol et ne faisant attention à personne. Seule étrangère à une nation. Un vilain petit canard blanc parmi un clan de canaris aux couleurs de soleil. Un groupement de garçons la siffla quand elle arriva à son niveau mais elle lui passa devant sans rien dire, ne se doutant même pas que ces bruitages lui étaient adressés.

Enfin, elle quitta la cacophonie de la rue commerciale pour le calme du quartier résidentiel. Même si calme n'était pas vraiment le mot approprié. Un peu moins bruyant que le restant de la ville du moins. Certains se faisaient des signes de main en guise d'au revoir avant de pousser le portillon d'un des minuscules espaces de pelouse qui passaient pour des jardins, précédant leur domicile. Elle traversa cette gigantesque rue longeant les nombreuses maisons, toutes plus grandes et plus belles les unes que les autres. Elle dépassa celle de ses tuteurs sans même tourner la tête dans sa direction. Pas question de leur donner une occasion de la détruire un peu plus. Ils n'en seraient que trop heureux. C'était si facile de s'en prendre à plus faible que soi dans le seul but de se soulager la conscience, de se rassurer de ne pas être le plus à plaindre en ce bas-monde, bien qu'on avait de cesse de le faire à chaque occasion.

Soudain, elle sentit crisser les rares graviers d'un terrain vague sous ses pas ce qui eut l'effet d'un calmant sur son esprit qui commençait à trop rejeter sa douleur, sa rage de vengeance sur les autres à son goût. Elle ne voulait pas devenir comme ce commun des mortels toujours innocent selon lui-même et rejetant continuellement ses malheurs ou soucis sur ses semblables qui n'y sont pour rien la plupart du temps. Ce terrain abandonné, où seules quelques pousses d'herbes brûlées par le soleil témoignaient de la toute puissance de la Nature, précédait son refuge, ce lieu où elle faisait ce qu'elle voulait, pensait comme elle l'entendait sans être vue, jugée ou critiquée. Celui-ci était surplombé d'un immense immeuble délabré où elle n'osait pas entrer. Car ce bâtiment qui semblait dépourvu de vie au premier abord, était animé chaque jour -ou presque- par l'énergie qu'émanait de la musique d'une bande d'adolescents qu'elle affectionnait particulièrement. Un échappatoire à la platitude de la vie. Elle l'avait découvert par hasard, un jour où elle essayait désespérément de s'enfuir de cette existence qui lui semblait trop injuste pour valoir la peine d'être vécue. Depuis, elle était "dépendante" de cette musique. C'en était devenu une des rares raisons qui la faisaient tenir bon chaque jour, qui la faisaient résister à cette envie permanente de rejoindre ses parents. Elle vint s'asseoir contre le mur et fouilla le silence, recherchant un son de voix ou encore d'instrument, une preuve de leur présence. Elle ne la trouva pas ce qui lui permit de conclure qu'ils n'étaient pas encore arrivés.

"Ils répètent tous les jours sans exception, pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ?" se rassurait-elle intérieurement.

Elle ferma les yeux en s'appuyant la tête sur la surface dure et lisse à laquelle elle s'était adossée, se vidant l'esprit de toutes ces insignifiances, ces inutilités qui peuplaient ses journées. La caresse du vent sur son visage l'apaisait. Cette pureté qui constituait une partie de cette force de la Nature pansait partiellement ces blessures intérieures qui l'habitaient depuis bientôt un trimestre. Ce trou béant provoqué par le manque de ces personnes qui l'avaient conçue et aimée et qui refusait de se refermer.

Peu de temps s'écoula avant que des rires, des voix qui lui étaient tellement familiers ne viennent couvrir ce silence si rassurant par son calme et sa douceur. Elle ouvrit les yeux et s'assura qu'elle était hors de vue du groupe qui approchait dangereusement. Elle ne voulait pour rien au monde se faire remarquer, ne sachant que trop bien ce qu'elle risquait si on découvrait sa présence. Les voix grandissaient si bien qu'elle put comprendre clairement ce qu'il se disait.

- Quoi ?! Le vieux pervers rabougri va revenir ?! s'exclama une première voix.
- Aie un peu plus de respect pour Seinosuke-san, Shuichi, le sermonna une autre qui semblait plus mature car plus âgée, sans lui, on aurait pas la chance de monter sur scène. Même si elle est petite et sans beaucoup de succès.
- Oui mais tout de même ! Ses seuls sujets de conversations sont les filles -jeunes de préférence- et le sexe,
maugréa ledit Shuichi, il a soixante ans, ce n'est plus de son âge !
- J'en suis conscient mais tu sais tout aussi bien que moi qu'on ne pourra plus le changer, il est trop vieux pour ça !
- Ca suffit tous les deux ! S'il apprend à quel point vous le dénigrez, on va avoir des ennuis
, gronda un troisième avec une pointe d'inquiétude.
- Ben, c'est pas comme s'il ne le savait pas, coupa une quatrième voix, arrête de stresser Kae, tu vas te rendre malade.

Le dénommé Kae -qui s'appelait en vérité Kakeru- protesta mais se ravisa bien vite, remarquant qu'aucun des quatre autres n'étaient de cet avis. Il grommela une dernière objection avant d'ouvrir la porte qui grinçait terriblement, révélant par ce bruit l'état dans lequel se trouvait l'ensemble de la bâtisse. Mais cela avait l'air de leur convenir. Ils se contentaient de ce qu'ils avaient et cela attirait inconsciemment la jeune fille. Les entendre communiquer avec autant de plaisir que leur procurait le simple fait d'être ensemble, échanger des notes avec autant de passion lui laissait croire au fait que le monde n'était pas si ignoble, pas si partial que le visage qu'il montrait chaque jour. Le son d'un clavier ne tarda pas à rompre le silence qui s'était de nouveau installé sur cette partie délaissée de la capitale japonaise. Puis, des accords pincés mais doux de guitare, de plus graves mais de même timbre d'une basse suivirent. Ils ne tardèrent pas à être rythmés par les temps marqués de la batterie. Enfin, Le chant se répandit dans l'air environnant, perçant le son des instruments. Cette voix d'une qualité indéniable, d'une pureté inégalable, d'une gravité qui résonnait dans chaque cellule du corps de la jeune lycéenne. Tout simplement, d'une beauté irremplaçable. Ce chanteur portait un tel amour envers ce talent pour lequel il n'était pas suffisamment reconnu qu'on le ressentait dans chaque syllabe prononcée. L'accompagnement, légèrement en retrait, suivait avec une telle facilité, une telle perfection qu'il transportait dans une autre dimension. Les instruments allaient et venaient, disparaissaient et apparaissaient au rythme de la mélodie qu'ils faisaient vivre, s'emballaient ou se lamentaient, accentuaient ou au contraire effaçaient les notes. Les cordes effectuaient des dégoulinades dont on ne voyait la fin pour appuyer la tristesse du chant. Les morceaux se succédaient comme un ruisseau suit son cours, tantôt paisible, tantôt affolé par quelque rapide. Ils étaient doués, c'était là une vérité que personne ne pouvait nier. Puis, les accords diminuèrent jusqu'à s'éteindre, rapidement imité par le chant et toute musique cessa, laissant à nouveau place à des rires et des paroles.

- Dis Ren, tu peux me passer ma boîte de médiators qui est à ta gauche s'il te plaît ? Le mien a cassé en plein milieu du solo...
- T'as fait comment pour jouer alors ?
s'étonna le dénommé Ren, dont la jeune fille reconnu la voix comme étant celle du chanteur.
- Bah avec les doigts, j'avais pas trente six mille solutions idiot !
- Ca fait pas mal au bout d'un moment avec les énormes cordes de la basse ? Tiens attrape !
- Hé ! Pas si fort !


Elle sentit tout d'un coup un objet dur mais petit de surface heurter le sommet de son crâne. Elle tourna la tête vers cette curieuse chose et l'observa d'un regard vide d'expression, n'ayant aucune autre réaction qu'aurait eue une personne "normale". Elle tendit la main et s'empara de la petite boîte noire. Soudain, une exclamation la fit sursauter.

- Hé toi ! Qui es-tu ? Que fais-tu ici ?

Elle leva la tête vers une fenêtre en piteux état par laquelle un garçon un peu plus âgé la dévisageait. Le temps semblait s'être suspendu pendant le court instant où leur regard se croisèrent. Ses iris sombres dégageaient une telle innocence qu'elle ne put détacher son regard de ce visage enfantin qui la fixait comme si elle était une extra-terrestre durant quelques secondes. La réalité finit pourtant par la rattraper, inévitablement : on l'avait repérée. Elle lâcha aussitôt ce qu'elle tenait dans la main, attrapa son sac et s'enfuit à toutes jambes...

# Posté le samedi 25 avril 2009 12:39

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 08:53

Chapitre 2

Chapitre 2

Elle courait à travers les rues, les boulevards, les places sans fléchir. La fatigue ne se montrait pas. Elle filait telle une brise passagère sur les trottoirs comme si c'était naturel, évitant du mieux qu'elle pouvait les passants qui s'écartaient vivement à son passage et qui lui lançaient des regards étonnés, moqueurs ou encore courroucés d'avoir été dérangés dans leur contemplation systématique du sol morne et inchangé. Immanquablement, elle s'arrêta devant cette maison qu'elle haïssait tant, celle des êtres qui l'avaient recueillie et insultée et ce, jusqu'à ce qu'elle tombe. Très bas, bien plus qu'elle ne l'avait jamais été. C'en était devenu un passe-temps. La faire trébucher moralement comme physiquement au point de non-retour. La faire pénétrer dans le couloir froid et obscur de la solitude. Un sentiment d'insécurité l'habitant constamment. L'absence omniprésente de cette chaleur humaine dont chacun éprouvait le besoin d'en être entouré ainsi que de répandre celle qui le rendait unique. Elle soupira de lassitude, poussa le portillon et pénétra dans cet enfer terrestre.

Son regard fut automatiquement attiré par les deux paires de chaussures reposant devant l'entrée qui semblaient la narguer par leur seule présence. À son grand désarroi, ses tuteurs n'avaient point eu l'idée de sortir par ce temps magnifique et l'attendait sûrement de pied ferme. Elle se fit pourtant la plus discrète possible, ayant un mince espoir d'en réchapper sans confrontation directe. Celui-ci s'envola à l'entente d'une approche ; l'étranger qui se voulait être son père adoptif cherchait un moyen de l'aborder. Son regard fuyant n'eut aucun mal à se détourner et elle commença l'ascension des escaliers, luttant contre son instinct qui désirait accélérer le pas, s'éloigner le plus possible de ce détracteur qui n'avait de cesse de la critiquer. Elle ne voulait pas lui donner d'avantage de prétextes à ses vomissements d'injures, déjà permanents.

- Ayu.

Cette voix grave et posée, d'une sonorité malsaine, faisait naître en elle des frissons dans le creux de ses reins pour remonter jusqu'à sa nuque et la chatouiller du bout de leur langue glacée et malveillante. Elle feignit ne pas entendre et continua dans sa lancée, priant le Ciel qu'il se contenterait d'essuyer ce refus. Mais ce ne fut pas le cas, elle s'en doutait. Il répéta son prénom avec ce même oubli de suffixe, prouvant son manque ouvert de respect à son égard. Ces âmes, qu'elle avait chéries pour l'avoir accueillie à une époque qui lui semblait si lointaine à présent, avaient eu la bonté de lui enseigner quelques notions sur cette civilisation d'une singularité hors du commun afin de faciliter une potentielle intégration à sa société. Cette omission de suffixe traduisait un irrespect total envers la personne concernée ou une affection incommensurable pour cette dernière. L'hypothèse d'un amour sans borne n'étant point envisageable en raison du ton désagréable et hautain employé qu'on ne pouvait se leurrer sur son objectif. La jeune fille dût faire un effort surhumain pour interdire à ses jambes de détaler, ne voulant pas le provoquer en abusant de sa "tolérance". Mais elle ne soutint pas son regard, elle n'en avait ni l'envie, ni le courage. Elle y préféra observer un défaut du bois apparent sur l'une des marches qui se trouvaient à hauteur de ses yeux.

- Tiens, tu daignes nous honorer de ta présence ce soir ? C'est si rare ces temps-ci. Ca ne doit pas être sans raison. Voyons... Ton petit ami t'a larguée ? Ou bien tu t'es faite garder dans le bureau du Proviseur et, en ayant tellement honte, tu as préféré venir pleurer dans ta chambre ?

Elle ne répondit rien, choisissant d'ignorer cette remarque désobligeante car elle n'était pas en mesure de lui tenir tête, elle le savait, et demeura immobile, sachant par expérience que les expressions, les gestes s'ensuivaient des mêmes conséquences que les protestations.

- C'était plutôt prévisible, poursuivit-il, tu as un caractère si sinistre qu'on se lasse rapidement de toi.

Elle ne put retenir sa main qui serra le vieux bois de la rampe qui gémit en guise de contestation. Elle pinça les lèvres pour s'empêcher de tourner la tête et s'obligea à poursuivre sa pseudo-contemplation. L'adulte esquissa un sourire en direction de cette réaction qu'il avait cherché à provoquer. Il se saisit de cette main d'une maigreur effarante et sentant avec une joie mesquine son possesseur se raidir, il rit. Un rire méprisant et dont la résonance sur le haut plafond semblait être l'écho lointain du hurlement d'un condamné au moment crucial de sa torture.

- Tu es anorexique maintenant ? demanda-t-il avec un calme déconcertant, une fois qu'il eut cessé ses railleries.

Ayu ne put s'empêcher de lui lancer un regard offensé auquel il répondit par un nouveau sourire qu'elle trouvait diabolique. Elle retira violemment sa main et monta les quelques marches qu'il restait comme si l'attendait une libération à leur aboutissement. L'homme, qui n'avait pas bougé, attendit d'entendre un claquement de porte avant de soupirer mollement, se débarrassant de toute cette tension, ce sentiment de culpabilité qui le rongeait chaque fois un peu plus.

- Pardonne-moi Ayu-chan. Mais je n'ai pas le choix... chuchota-t-il, plus à l'intention de lui-même qu'à la concernée.

Il se retourna en entendant des pas légers dans sa direction. Une femme d'âge mûr s'avançait vers lui avec un regard rempli de remords qu'il lui rendit. Leurs yeux se fixèrent un instant et elle eut l'ombre d'un sourire débordant de tristesse. Il la prit doucement dans ses bras, le murmure de son nom se perdant dans sa longue chevelure d'un noir de jais. "Komaki..."

La jeune fille était assise sur son lit, les jambes repliées qu'elle avait entourées de ses bras. Son esprit ne pouvait se détourner des phrases blessantes de son tuteur. Jamais, il n'était allé aussi loin dans les insultes jusqu'à ce jour. Sa haine à son égard n'en était que plus grande. Elle n'était pas "anorexique" comme il le disait si injustement. Elle ne pouvait plus manger depuis leur mort. C'était comme si son estomac avait péri ce soir là, refusant toute nourriture si ce n'était pas une infime quantité. Il avait trépassé, pareillement aux deux seuls êtres qui lui étaient si indispensables. Ses souvenirs eux-mêmes les avaient rejoints derrière la barrière d'outre-tombe. Elle était incapable de se rappeler à même une bribe de son passé précédant cette soirée fatidique. Celle-ci même qui marquait la "fin" de sa vie tout aussi bien que son "commencement". Les visions sanglantes et horrifiantes de cette nuit cruciale étaient de loin ses plus anciens souvenirs. Sa naissance dans ce monde débordant de cruautés... On lui annoncé, un jour, que cela n'avait pas à être comparé à de l'amnésie, elle n'avait pas oublié. Ses souvenirs s'étaient bannis d'eux-même suite à un choc émotionnel pour lui éviter de trop en pâtir. Ils demeuraient quelque part, au plus profond de sa conscience dans l'espoir que le moment viendra où l'on brisera cette muraille si épaisse qui les empêchait de manifester leur présence. Pour la jeune lycéenne, cette situation ou l'amnésie revenaient rigoureusement à la même chose. Elle était incapable de faire revenir des preuves d'une vie antérieure à ses seize ans et en souffrait tout autant que de la mort de ses parents. Elle n'avait plus d'enfance, plus de rêves innocents, plus de perceptions si gaies et si étranges à la fois de la vie, plus de peur des monstres sous le lit, plus de caresses rassurantes de ses parents. Elle n'avait plus l'expérience que procurait cette période fondamentale à toute vie...

***

Elle dépassa la grille du lycée et balaya d'un regard sans émotion la cour délaissée par cette heure matinale. Seuls quelques élèves se pressaient pour pénétrer dans le grand bâtiment central afin d'échapper au déluge imminent. En effet, le ciel semblait capricieux et assombri d'innombrables larmes, comme celles qu'elle avait ravalées toute la nuit, de peur de se faire surprendre. Elle rajusta la bandoulière de son sac et imita ces moutons de Panurge, ne trouvant aucune utilité à rester devant l'entrée.

Les couloirs étaient pour le moment vides de cette vitalité qui les consolait de leur abandon de la nuit. Les rares lycéens se hâtaient vers la bibliothèque afin d'étudier et se donner un chance de réussite aux examens, réputés pour leur complexité, ou encore, se précipitaient vers leurs clubs, qui étaient divers et variés dans ce grand établissement. Elle, elle se dirigeait vers les remises à son image, comme elle le pensait, inutiles et bondées d'objets qui l'étaient tout autant. Elle pénétra dans l'une d'elle, ce qui n'était guère le fruit du hasard. Elle y demeurait fidèle en raison de la tranquillité qui y régnait, de la vue imprenable sur le grand cerisier que laissait entrevoir la petite fenêtre et du fait qu'elle faisait office de dépotoir aux objets usagés de l'atelier musique. Elle était ainsi dans son élément, parmi les pupitres qui avaient ployé sous le poids des partitions, des anches brisées, des bouchons à clés pour les instruments à vent tordus, des baguettes courbées. Elle prit place sur une caisse traînant dans un coin face à la fenêtre, ouvrit son sac et en sortit un long étui noir. Elle le maniait avec mille précautions, comme s'il était une fragile poupée de porcelaine. Elle assembla les trois parties argentées, formant ainsi sa si précieuse flûte traversière. Elle la couvait d'un regard rempli d'une extrême douceur qui se manifestait dans chacun de ses gestes. Le simple effleurage du métal froid réveillait en elle toute sa nostalgie. Elle chauffa son instrument en embrassant l'embouchure et laissant s'échapper un faible souffle qui résonnait dans ses longues entrailles, faisant songer au bâillement marquant l'éveil d'un paresseux endormi. Puis elle se plaça correctement, prit une profonde inspiration et laissa la musique l'emporter.

Ses doigts filaient sur les clés avec une dextérité remarquable. Une aisance qu'elle s'était efforcée de conserver. Ses poumons s'emplissaient ou se vidaient au rythme des espiègleries de son diaphragme qui rivalisait de précision avec sa langue tantôt douce, arrondissant les articulations, tantôt d'une fermeté hors normes qui durcissait le démarquage des notes. Prenant appui sur les graves pour faire briller les sommets aigus, faisant contraster les caractères joyeux, moqueur, triste ou encore plaintif, exagérant les accents et liaisons, c'était ainsi qu'elle jouait. Son son, dont elle avait ôté tout parasite au fur et à mesure du temps, rayonnait de splendeur et de puissance. Le résultat d'une dure labeur et d'une persévérance, soutenus par l'aide d'une poignée d'enseignants qu'elle avait admirés pour leur talent et leur patience. Elle poursuivait l'enchaînement de ses morceaux qu'elle connaissait sur le bout des doigts, n'ayant plus le temps de se pencher sur de nouveaux. Les tempo variaient tout comme les images à représenter, les messages à faire ressentir au point de frôler l'évidence, au fil de ces suites de mélodies Puis vint ce morceau. D'une lenteur nécessaire à la concrétisation de toute cette mélancolie. La Pavane à une Infante Défunte. Les longues lamentations étaient teintées de caprices de nuances. Les altérations harmonieuses dépeignaient les peines infligées à une mère à la mort de sa fille, fruit d'un amour qui n'eut pas le temps de mûrir avant de succomber aux insistances de la Faucheuse. Des larmes roulèrent le long des joues pâles d'Ayu sans pour autant la secouer de sanglots, lui permettant de préserver ce son si riche en émotions. Sa flûte était devenue avec le temps, un déversoir à sentiments, ses sentiments qu'elle ne pouvait plus que refouler. Au même instant, le ciel se mit lui aussi à déverser sa tristesse, ses larmes cristallines roulant sur les feuilles épanouies du cerisier et les bourgeons qui parsemaient sa verte chevelure. Ils pleuraient à l'unisson, unis par cette seule musique qui illustrait leur pauvre sort...

La sonnerie finit par l'interrompre. Elle reposa doucement son instrument qu'elle entreprit de nettoyer et de ranger rapidement mais avec des gestes adroits. Elle regarda furtivement vers la petite fenêtre ; les nuages n'avaient pas cessé de se débarrasser de leur pluie. Elle sécha les quelques larmes qui perlaient encore au bord de ses yeux bruns et quitta la pièce pour aller se fondre dans la masse des étudiants se précipitant vers leur salle de classe.



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Vos impressions ?

# Posté le dimanche 03 mai 2009 04:43

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 08:54

Chapitre 3

Chapitre 3
Ce fut en un soupir de soulagement de la part de l'ensemble des élèves que les cours daignèrent enfin s'achever. Les vacances d'été approchaient et chacun sentait la fatigue et la lassitude le gagner au fil des jours qui semblaient s'allonger en gagnant en lenteur. La trotteuse elle-même, pourtant si stricte en période d'examens, donnait comme des signes d'épuisement. Tous s'échappaient des salles de classe, certains plus expressifs que d'autres, en poussant des cris euphoriques. Elle expira bruyamment pour affirmer son épuisement qui résultait de longues heures de concentration et se glissa dans le couloir plus assourdissant que jamais. Se frayant tant bien que mal un chemin à travers la foule animée d'une excitation qui n'avait pas lieu d'être. Les cris, frisant l'hystérie, résonnaient dans sa tête qui éprouvait maintes peines à faire régner le calme sous l'ampleur de la migraine qui la menaçait chaque seconde d'avantage. Elle se laissait emporter par cette multitude de fourmis affolées et insignifiantes qui lui permettaient de progresser rapidement vers la sortie de ce pénible rêve. C'est alors qu'un souvenir lui traversa l'esprit, tel un oiseau de proie fondant sur sa malchanceuse victime, l'immobilisant par sa soudaine venue qui suscitait une singulière stupéfaction. Ce brusque arrêt densifia un instant l'attroupement de fuyards et provoqua des râleries dans son dos qu'elle n'écoutait guère. Ses pensées s'étaient tournées, comme des tournesols suivant le trajet du soleil, vers ce rappel subit qui les obnubilait. La remémoration de ce regard perçant et rempli de soupçons la réintégrait à la dure réalité. Sa présence qui ne devait pas exister n'était plus un secret. Ils guetteraient sûrement ses venues et essaieraient de la chasser à toute nouvelle tentative d'approche. La simple idée de perdre à nouveau ses repères la révulsait mais elle était consciente que cet évènement qui paraissait anodin à première vue, marquait la fin de ces moments de bonheur égoïste. Comme pour tous, l'accepter se montrerait au dessus de leurs capacités et elle y préférait fuir plutôt que d'affronter le futur et laisser triompher l'enjôleuse, la doucereuse crédulité.

Elle s'en retourna alors, provoquant de nouvelles maugréations à son égard. Elle ignorait les insultes qui fusaient, ne les entendant même pas. Son périlleux cheminement cessa quand elle parvint enfin à atteindre les couloirs abandonnés donnant sur les remises. Elle se dirigea d'un pas las et machinal vers celle qu'elle avait occupée le matin même et s'affala sur une des nombreuses caisses juxtaposant la fenêtre. Des sentiments étranges se manifestaient en elle, suscitant un certain malaise. Pourquoi un tel pincement au coeur ? Pourquoi cette déception ? Elle savait pourtant que ce petit paradis égoïste n'était qu'éphémère, que les instants d'amitié volés ne lui étaient pas destinés, qu'ils ne lui avaient jamais été assigné et ne le seraient jamais. Elle en avait conscience depuis le premier jour, cependant, une sensation nouvelle surgissait d'une des multiples abîmes obscures qui constituaient les résidus de son coeur fatigué d'être sans cesse lacéré par les griffes perfides de la souffrance. L'idée de ne plus pouvoir assister à leurs échanges constamment enjoués, de ne plus être témoin du lien merveilleux qui les unissait lui était tout d'un coup insupportable. En cet instant précis, elle désirait plus que tout ré-entendre leur voix, leur rire, leur musique belle à en mourir. C'était ça, elle ressentait de l'envie. La cupide envie de se mêler à eux, d'être indispensable à cette allégresse qui les animait à chaque occasion. Elle se gifla mentalement quand elle se rendit compte de l'égocentrisme dont elle faisait montre en pensant de telles choses. C'était d'un tel égoïsme qu'elle se refusait, ne serait-ce, qu'un songe de ces convoitises. Elle n'en avait que trop payé le prix.

Sentant une irritation la gagner car elle ne pouvait se débarrasser de ces pensées oppressantes, elle chercha à tâtons la présence rassurante de sa flûte. Une vague de soulagement la traversa quand ses doigts effleurèrent le rugueux plastique de la boîte. Ces derniers l'enserrèrent avec fermeté pour la libérer de la geôle que constituait son sac. Le besoin obsessionnel de jouer, de se délivrer de l'emprise de ses sentiments survenaient spontanément dès ses premiers pas sur le plancher inégal de cette petite pièce. Elle porta le métal froid à ses lèvres et souffla avec ferveur, comme si elle tentait de se détacher du satanisme de ses émotions. Mais, à peine trois notes avaient couvert le chant incessant des oiseaux qu'on entendit un hoquet de surprise. Un stylo rebondit sur le maigre rebord de la petite fenêtre pour venir s'abîmer sur le plancher en un bruit sec, non loin d'Ayu qui entendit rapidement un juron étouffé. Elle fixa un instant le petit objet, interdite. Analysant le pourquoi du comment il avait atterrit dans cette pièce précise et non ailleurs. Mais une voix coupa court à sa réflexion.

- E-Excusez-moi, pourrais-je récupérer mon stylo s'il-vous-plaît ?

Elle tourna vivement la tête en direction de la fenêtre mais n'y discerna que le balancement monotone des branches florissantes, bourgeonnantes du cerisier. Tentant de rassurer cet organe qui s'affolait et manquait à chaque instant de jaillir de sa poitrine en un dernier soupir, elle ne bougea pas et attendit une potentielle répétition de la question afin d'analyser sa provenance. Une angoisse lui nouait l'estomac. Le simple fait de se mêler aux autres, de communiquer avec une quelconque personne la terrorisait et brouillait tout raisonnement. Ses seuls échanges avec autrui étaient les rares qu'elle entretenait avec ses tuteurs, et n'ayant point l'envie ni l'occasion de multiplier les exemples, prenait leurs caractères froid et haineux pour une sombre généralité. De plus, tous ces regards inquisiteurs cherchant le défaut qui leur permettrait de châtier étaient les seuls qu'elle rencontrait. Aussi s'était-elle accoutumée à une fixation continuelle du sol afin d'échapper aux crocs acérés de l'intolérance. Son regard se tourna avec insistance vers la porte mais la voix ne lui laissa pas l'occasion de se dérober.

- Je sais qu'il y a quelqu'un. S'il-vous-plaît, je voudrais juste mon stylo...

Ayu s'avança alors vers l'ouverture à pas lents pour retarder au plus le moment de la confrontation. Elle posa délicatement ses mains sur le rebord de métal et se pencha légèrement. La tiède brise printanière caressa son visage, agitant les ondulations de ses longs cheveux châtains. Elle inspira les doux pollens virevoltants dans les vents, s'abreuvant de leur apaisement dont elle sentait la soudaine nécessité. Mais ce moment de faible plaisir ne dura pas. Elle leva la tête et croisa de sombres iris, si semblables à tous ceux qui peuplaient cet archipel. Si semblables et si uniques à la fois. Ils reflétaient une grande douceur paradoxalement associée à un caractère farouche prononcé. Le regard vide d'émotion de la flûtiste étaient comme absorbé dans son intégralité par celui qui en rejetait à l'excès. Mais il s'en détourna, trop lâche pour en supporter l'intensité. Elle posa ensuite ses yeux éteints sur l'ensemble du visage de la jeune japonaise qui la surplombait sans pour autant en détailler les traits. Cette dernière esquissa un sourire avant de tendre la main.

- Mon stylo, s'il-te-plaît, dit-elle avec douceur.

Ayu cligna des yeux en levant un sourcil, signalant par cette attitude qu'elle ne comprenait pas les intentions de son interlocutrice. C'est alors qu'une réminiscence s'empara de son esprit, la faisant adopter un visage qui s'apparentait à celui d'un illuminé. Ses joues rosirent quand elle se rendit compte de la vue dérisoire qu'elle venait d'offrir. Elle s'écarta vivement de la fenêtre pour s'enfuir de son champ de vision et alla ramasser péniblement le petit tube transparent qui avait pris un malin plaisir à se nicher entre les tiges de fer d'un pupitre hors d'usage car trop rigide dans son afforme position. Puis elle revint se pencher par la fenêtre d'un pas sans conviction. Elle tendit un bras vers la jeune lycéenne qui s'était inclinée autant qu'elle le pouvait par dessus la rambarde du toit. Malgré leurs admirables contorsions et tous leurs efforts inutiles, leurs mains se refusaient tout contact. La japonaise eut alors un petit rire.

- C'est bon je vais descendre, ce sera plus facile.

Elle disparut telle une légère feuille portée par le vent, et laissant sur son passage, le frais parfum de sa présence. Ayu, prise de court devant tant de vivacité, fixa l'emplacement vide de cette étrange jeune fille pendant quelques secondes. Puis abaissa d'une manière gauche son bras, demeuré tendu vers le tapis grisâtre qui étouffait le ciel par son accablante lourdeur. Elle s'engouffra à nouveau dans le minuscule espace dont la semi-obscurité qui s'en était emparé avait quelque chose de sinistre. Comme si tous ses sentiments qu'elle avait depuis longtemps réfrénés s'animaient dans toute leur noirceur pour la mettre en garde. Elle se dirigea mollement vers la porte qu'elle ouvrit d'un geste peu convaincant. C'est alors qu'elle manqua de percuter une forme qu'elle n'eût pas le temps d'identifier. Elle recula brusquement et crut reconnaître le visage de la jeune fille du toit. Celle-ci la rassura d'un nouveau sourire qui confirmait son hypothèse.

- Je suis désolée, je me suis tellement dépêchée pour descendre que j'ai failli te rentrer dedans, s'empressa-t-elle de s'excuser.

Ayu ne réagit pas, ne sachant que dire. Elle gardait son perpétuel regard morne dans une observation superficielle du sol.

- Je ne m'attendais pas à entendre le son d'un instrument de l'endroit où j'étais, continuait la jeune fille, c'est pour ça que j'ai été surprise. Pardonne ma maladresse. Et merci de bien vouloir me rendre mon stylo... souffla-t-elle ensuite en s'en emparant, ayant le pressentiment que la flûtiste ne le ferait pas d'elle-même puis haussant la voix, au fait, je m'appelle Akano Yuki. Et toi ?

La flûtiste eut un imperceptible mouvement de recul à l'entente de la question. Elle leva légèrement son visage afin de perdre son regard dans l'immensité du ciel que laissait entrevoir les imposantes baies vitrées qui clairsemaient l'ensemble des couloirs sinueux de l'établissement.

- ... Ayu, finit-elle par murmurer.
- Pardon ? Excuse-moi, je n'ai pas entendu.
- Je m'appelle Ayu...
- Ayu comment ?


La jeune fille ne répondit pas. Elle n'avait pas l'habitude de discuter avec d'autres, constamment baignée dans son mutisme. La flûtiste fut bientôt prise d'un malaise. Elle ne savait que faire : l'envie de se défiler, de laisser dominer une nouvelle fois sa lâcheté, la tiraillait mais la lycéenne lui faisait face et n'avait aucunement l'intention de se faire fausser compagnie.

- Tu vas bien ? s'enquit cette dernière, tu es toute pâle...

Soudain, des bruits de pas résonnèrent le long des couloirs vides. Puis des voix leur parvinrent faiblement, plus distinctement ensuite pour entraîner l'irruption de deux professeurs qui effectuaient une ronde dans l'espoir de faire respecter l'ordre établi depuis de longues années. L'un d'eux pointa un doigt accusateur en direction du binôme et leur jeta un regard qui se voulait sévère.

- Vous, que faites-vous là ? Les cours sont terminés, les seuls endroits où on autoriserait votre présence sont les clubs ou la bibliothèque, vous n'avez rien à faire ici ! les réprimanda-t-il.
- N'importe quoi... Non mais, écoutez le, soupira Yuki en levant les yeux aux ciel, tant pis, on parlera une prochaine fois. À bientôt Ayu-chan !

Elle s'en alla d'un pas svelte en lui administrant un signe de main. Elle dépassa les deux adultes en affichant un sourire narquois.

- Qu'on ne vous y reprenne plus, sifflèrent-ils.

Elle allait regagner le toit du bâtiment où elle se trouvait et sur lequel elle avait laissé toutes ses affaires en plan. Ne se doutant aucunement qu'elle laissait derrière elle, une Ayu plus incertaine et troublée que jamais...


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Bonjour, ou bonsoir à tou(te)s !
Je m'excuse encore de tout ce retard, je n'ai aucune excuse valable à vous donner hormis les examens mais vous n'en prendrez sûrement pas compte, d'autant plus que je suis encore en seconde, ce ne sont que dans mes nombreuses activités extra-scolaires...
Premièrement, je vous remercie vraiment du fond du coeur pour vos merveilleux commentaires qui me donne le courage de continuer. Ça fait vraiment plaisir.
Ensuite, j'espère que ce sera à la hauteur de vos attentes ! Même si pour ma part, je ne suis pas très fière de ce chapitre.
Sinon, vous pouvez, si vous le désirez, m'attribuer une note ici. Merci d'être le plus honnête possible, ça me permettra de m'évaluer. ^^
Enfin, vos impressions ?

# Posté le mardi 08 juillet 2008 14:12

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 18:42